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1 sept. 2013

Traces et mémoires


Conférence  avec Boris Cyrulnik
Samedi 14 septembre 2013 à 20h00
Boris Cyrulnik : 


...Dès le stade foetal apparait une mémoire sans souvenirs. Les pressions du milieu foetal puis des premiers mois de l'existence tracent dans le cerveau des circuits qui donnent une aptitude particulière à percevoir un type de monde. Ce n'est que vers l'âge de 4 à 7 ans que l'enfant devient capable de faire revenir un souvenir et d'en faire un récit. Ce récit peut se faire à bouche fermée : c'est la représentation de soi-même. Quand ce récit est partagé, le locuteur va chercher
dans son passé ce qui lui permettra de côtoyer l'auditeur. La simple présence muette de l'auditeur modifie le récit. Les récits culturels, les stéréotypes et les préjugés modifient eux aussi la structure des récits qu'on se fait à soi-même ou qu'on adresse aux autres. Ce qu'on appelle " mémoire" résulte des combinaisons de toutes ces mémoires.


Martine Lani Bayle

Nous ne naissons pas tabula rasa, nous arrivons précédés, anticipés… Mais la plupart de ces ascendants-ascendances ne sont plus là, qui ne nous sont plus accessibles que par des traces, volontaires ou non, imparfaites et lacunaires, qu'ils ont laissées de leur passage et à partir desquelles nous les réinventons.
Traces qui parfois nous manquent et/ou nous submergent, qui nous hantent ou nous enchantent, nous dérangent ou nous comblent, nous repèrent ou nous perdent, souvent nous trompent.
Toujours s'estompent.

Leur quête peut aller jusqu'à l'obsession, elle nous projette sur la piste du temps comme le chasseur inférant sa proie vitale à partir de quelques fugaces traces de passage sur un sol meuble, origine de la lecture ; elle nous incite au futur quand nous déposons notre trace sur des parois immuables, origine de l'écriture ; nos mémoires s'y ressourcent et à partir d'elles, construisent un monde à leur (dé)mesure.

Après avoir présenté quelques traces de notre travail sur les traces, nous en proposerons un repérage sur lequel s'appuient les démarches de mise en récit qui leur redonneront une vie
seconde, toujours autre, jamais anodine.


Informations pratiques
30 Rue du moulin – Les Eyzies-de-Tayac

Gratuit / Réservation conseillée
(places retenues jusqu'à 19h30) : 05 53 06 06 97
Parking public gratuit : 19 avenue de la Forge
Coordonnées GPS : N 44° 56.1312 – E 01° 01.1536

11 mai 2012

Psychanalyse et Autisme


Par Boris Cyrulnik


Résilience et psychanalyse ne s'opposent pas

À force d’être agressés et rendus coupables d’avoir provoqué l’autisme de leur enfant, une association de parents a réalisé une enquête dans les pays étrangers et a découvert que les méthodes de psycho-éducation parvenaient à améliorer beaucoup de petits malades. Les parents demandent aujourd’hui que ces méthodes soient évaluées en France. On leur répond que ces méthodes sont le fait des dresseurs comportementaux et que seule la psychanalyse respecte ces enfants.

Les témoignages de parents accusés s’accumulent, en même temps que les publications d’autistes améliorés parviennent au public et aux parents désespérés. La Haute Autorité de Santé (HAS) est alors requise pour remettre un rapport : c’est défavorable à la psychanalyse !

Comment cette belle aventure intellectuelle qui nous offre un outil de compréhension et de soins a-t-elle pu en arriver à une telle catastrophe ?

Au lieu d’en faire une démarche scientifique, donc évolutive et réfutable, certains élèves de Freud en ont fait une arme de prise de pouvoir dogmatique. Ceux qui ne récitaient pas les mêmes "versets" psychanalytiques que les chefs ont été privés d’enseignement, de publications et de rencontres, comme c’est arrivé à John Bowlby, alors qu’il était pourtant président de la Société britannique de psychanalyse.

Quand une théorie excommunie ceux qui posent de nouvelles questions, elle se renforce, puisqu’elle exclut les hérétiques. Mais en devenant dogmatique, elle se désadapte, ne répond plus aux demandes de ceux qui souffrent et s’écroule à la moindre bousculade. C’est ce qui s’est passé avec les évaluations récentes de l’Inserm et de la HAS.

C’est ainsi que la théorie de l’attachement a été longtemps repoussée avant de finir par s’imposer dans toutes les revues et les universités. C’est ainsi que la réalité du traumatisme a été reconnue, pas seulement son fantasme. C’est ainsi que la résilience conquiert les universités et les groupes de recherche… grâce aux psychanalystes non-sectaires, ceux qui aiment évoluer et se frotter aux idées nouvelles.

Mars 2012

1er Congrès Mondial sur la Résilience

De la recherche à la pratique
7-8-9-10 juin 2012

Espace Reuilly - 21 rue Hénard 75012 - PARIS


Le concept de résilience connaît un si grand succès international qu’il devient nécessaire d’en préciser le contenu afin d’en faire un outil de pensée et de pratique.

Il importe aujourd’hui de rassembler les chercheurs*(bas de page) et de coordonner leurs travaux afin de proposer une attitude intégrative de la recherche et de nouvelles pratiques éducatives et thérapeutiques.


Programme

Jeudi 7 juin 2012 - 
Résilience et complexité

Résilience neuronale
Résilience et famille
Sport et résilience
Résilience et 
pratique clinique


Vendredi 8 juin 2012
Résilience affective

Résilience et éducation familiale
Soignants et résilience
Résilience et armées
Résilience et récits

Samedi 9 juin 2012
Résilience et culture

Résilience et petite enfance
Résilience et migration
Résilience et psychanalyse

Dimanche 10 juin 2012
Résilience et pratique clinique






1st World Congress on Resilience



7TH TO 10TH JUNE 2012 Paris 
The concept of resilience has become so successful worldwide that it is now necessary to ascertain its meaning so as to use it as an intellectual and practical tool.
Neuroscience now allows us to dose and photograph the biological markers of this neuronal resilience. Ethological studies of preverbal children’s behaviour in standardized situations have permitted us to observe, spontaneously and experimentally, how such structuration of their affectivity can organise intersubjectivity and their socialization mode.
Statistically validated scales, semi-directed interviews and stories to be completed, provide useful tools to assess psychological resilience. Studies on family functioning have shown how certain families can resist trauma and support their injured members while others are torn apart by the disruption of family links. Finally, sociologists can describe the cultures, the myths and the rites that protect the members of a group. This large body of recent data sheds light on the process of resilience. It is important to bring researchers together and to coordinate their work so as to propose an integrative attitude for research and new educational and therapeutic practices.

*






Défense et Critique de la psychanalyse - Boris Cyrulnik


Extrait du Débat Boris Cyrulnik- Michel Onfray (Ollioules 2011)


Après la controverse, largement médiatisée entre les psychanalystes et Michel Onfray pour sa critique de Freud dans la Contre-Histoire de la philosophie, un échange  constructif et éclairé peut enfin prendre place : Boris Cyrulnik, psychanalyste, éthologue, psychiatre et directeur d'enseignement à l'université Toulon - Var, ouvre ainsi un premier véritable débat sur la psychanalyse avec Michel Onfray.





Extraits


Boris Cyrulnik :

"Il arrivait que Charcot invitât Freud chez lui, lors de soirées. Ce dernier était intimidé par le niveau de vie bourgeois de Charcot. Et il avait remarqué que lorsqu'il mâchait une graine de cocaïne, il était beaucoup plus détendu...
Henri Ellenberger a fait un travail d'archives sur la vie de Freud. Il en ressort  que lorsqu'on parle de ses débuts laborieux, on participe à la légende..." Le héros d'une épopée doit avoir été persécuté". Par exemple, la question de la sexualité infantile était loin d'être un tabou dans la société viennoise de la fin du XIX° siècle."

Boris Cyrulnik, qui a visité l'appartement de Freud à Vienne, a pu lire les journaux de l'époque. On y voit que la psychanalyse  avait fait des adeptes, et qu'on y faisait de la réclame du style. «Devenez psychanalystes en trois semaines, ou en dix leçons».

Alors Freud, a-t-il "inventé" l'inconscient?
Il est bien difficile lorsqu'une idée est dans l'air, d'en attribuer la paternité à tel ou tel.
 

« Toutes les sciences, qu'elles soient "molles", ou "dures" procèdent par ajustements successifs. On met en avant ce qui marche, et l’on gomme ce qui ne fonctionne pas comme on le souhaiterait. Ce qui vaut dans la psychanalyse vaut également en médecine. » 

(Boris Cyrulnik cite alors  des anecdotes sur les théories en médecine, qui se succèdent et se contredisent).



"Il arrive aussi qu'une observation, en éthologie animale par exemple, entraîne une transposition qui deviendra un concept dans la théorie psychanalytique. C'est le cas du "stade du miroir", formalisé et développé par Lacan, mais déduit d'un comportement observé en éthologie animale par Konrad Lorenz (phénomène de l'empreinte).
De même, Lacan a emprunté sa distinction entre le "réel" et "l'imaginaire ».
"Il est à noter que Lacan a cité  très honnêtement ses sources."

 Puis, Boris Cyrulnik, aborde la période contemporaine, mêlant son itinéraire personnel aux mouvements qui jalonnent l'avancée des sciences humaines.



Après la guerre...

" Les schizophrènes étaient considérés comme des dégénérés".
Les travaux de Freud étaient mal connus. Le livre "La première année de l'enfant" écrit par René A. Spitz et préfacé par Anna Freud  comportait dans sa première édition, une bibliographie largement puisée dans des ouvrages d'éthologie. Cette bibliographie a disparu par la suite, à mesure de la progression de la psychanalyse.



L'éthologie, étude des comportements (animaux et humains) en lien avec la biologie (et la chimie) étaient alors considérées comme les seules sources de soins aux personnes souffrant de troubles psychiques. 
On découvre les écrits de Freud. Leur traduction et leur étude ont constitué, face aux théories fondées sur la biologie,"une formidable bouffée d'oxygène dans les années 1950-1960."


Ainsi, il était  possible d'améliorer le sort des "malades de l'esprit" autrement que par les drogues, l'enfermement ou les électrochocs dans le cas de troubles du comportement risquant de mettre en péril le malade et/ou la société !

Le problème, c'est que l'on se trouvait en présence de disciplines disparates (mais complémentaires) : l'éthologie, étude des comportements d'un côté, et la psychanalyse, théorie de l'inconscient -déconnectée du réel - de l'autre.


Boris Cyrulnik s'est trouvé à former des psychanalystes à l'éthologie. Assez vite une controverse est apparue.

Fallait-il  enseigner la psychanalyse à l'Université ? 

Deux tendances s'affrontent:



- la société des psy qui s'autogérerait: la condition pour être analyste  étant d'avoir vécu une analyse; la compétence pour être analyste étant reconnue par les " pairs". 



- l'enseignement universitaire:  l'argument de base étant d' homogénéiser les pratiques... mais, quid de l'analyse de l'analyste ? 

La psychanalyse peut-elle  se réduire à des connaissances théoriques " froides" c'est-à-dire sans le vécu du transfert, qui est la particularité de l'expérience analytique? L'analyse dite  didactique est-elle suffisante?

Après mai 68, la psychanalyse est enseignée à l'Université.

On assiste ensuite à la formation de "clans" fermés les uns aux autres, et repliés sur eux-mêmes. Ils ont une " théorie" hors de laquelle point de salut. 

Une théorie a pour but et pour intérêt de présenter une cohérence... Mais cela peut virer parfois à la perversion  ou à la paranoïa. Si l'on n'est pas reconnu par le clan, on est exclu. Les membres restent entre eux...  Dès lors, la théorie  paraît  de plus en plus cohérente; le clan se sent de plus en plus fort, mais c'est une illusion, car vient le moment où, faute de faire de la recherche, de remettre en question la théorie, celle-ci se trouve désadaptée à la réalité. Et là, elle peut s'effondrer sur une simple pichenette...



"Appartenir à un clan, c'est la pensée paresseuse"  

On récite un catéchisme, on fait du psittacisme. C'est la même chose en biologie: croire qu'une molécule, à elle seule, peut guérir le psychisme, c’est vain. On arrive ainsi à des absurdités; il y a celui qui croit qu'une molécule peut guérir une névrose obsessionnelle, et celui qui affirme que l'origine de cette névrose viendrait du fait que la mère a mis son enfant trop tôt sur le pot !

 En revanche, le mélange des techniques peut donner des résultats en termes de guérison ; on n'est pas dans le "tout par la parole", ni dans le " tout par la chimie".


Il prend l'exemple de Laborit, médecin de la Marine, à l'Hôpital Sainte-Anne, à Toulon et sa "découverte" du lithium.
On avait observé dans une tribu africaine, que certains maux psychiques étaient soignés par le fait de faire sucer une pierre blanche aux malades... Un savoir empirique, donc. Après analyse, on trouve du sel, du magnésium... Et on découvre des traces de lithium. Même si la découverte du lithium (et son adaptation en quantité compatible à la pharmacopée)  n'est pas attribuée à  Laborit, cette découverte - toute empirique qu'elle fût  -  a participé à la généralisation de son usage pour soigner les manifestations des troubles maniaco-dépressifs.



"Quand on me demande de choisir entre deux voies ? 
je choisis la troisième" 

(Woody Allen) 

(…) Boris Cyrulnik dit privilégier le croisement des disciplines. Il travaille avec des sociologues, des psychiatres, des anthropologues, des éthologues. «Et tout ce monde travaille bien ensemble». Ils pratiquent l'étude systémique. La personne est en interaction permanente avec son milieu, et si un élément bouge, tout bouge. L'exemple le plus simple est le système respiratoire, composé d'éléments hétérogènes, mais en interaction permanente. Si l'on ôte un de ces éléments, le système se bloque.



Comprendre et soigner, ce n'est pas la même chose. La psychanalyse peut sauver des gens dans la détresse, après un trauma entre autres. Il ajoute que l'idée de la "séance" sécurise. Mais, il récuse les "intégristes" de la psychanalyse. Karl Popper a reproché à la psychanalyse de ne pas être scientifique". Mais la psychanalyse, ça marche! Elle établit un rituel des séances. Comment expliquer ce qu'il se passe en dehors des séances, donc, en l'absence du Psy? Un travail est en marche... Il y a le temps des séances, et le temps hors séances  qui est également un temps de travail de l'inconscient du sujet, sur lui-même.
Le nombre de personnes qui témoignent du fait, que la psychanalyse les a sauvées suffit à montrer son efficacité !"


(….) 

« Non, les gens ne communiquent pas »...


Ou pas comme il le faudrait parfois. C'est justement parce que dans les familles, on est  trop proches, qu'on ne peut pas dire certaines choses. Parce que si on les disait, cela aurait des conséquences qu'on ne veut pas vivre ". Le psy est proche, mais on ne lui est pas " lié" sauf le temps de l'analyse. 

Et c'est ce qui permet de dire des choses, de les sortir de soi.
Le concept de "horde primitive" a été évacué, parce que la psychanalyse progresse. Les psychanalystes ne s'y réfèrent plus.
L'empathie et la morale ont existé avant l'Homme (chez les animaux par exemple).
Sur la découverte de l'inconscient, quand une idée est dans l'air, il est difficile d'en attribuer la découverte à quelqu'un.

Vous savez qu'il y a 1% de différence entre le capital génétique du chimpanzé et celui de l'homme, mais qu'il y a 10% de différence entre celui de la femme, et celui de l'homme !
Sur la question des sciences en relation avec la statistique: si l'on rapporte le nombre de relations sexuelles au nombre d'enfants qu'une femme met au monde.au cours de sa vie..... on serait fondé à déconnecter la procréation de l'acte sexuel !

 (…) 

A propos de la guérison…
Boris Cyrulnik prend l'exemple de Françoise Giroud, qui a fait des dépressions à répétition. Soignée par la chimie. Deux ans après en être sortie, elle a fait une cure analytique avec Lacan. Et elle écrit : " C'est Lacan qui m'a guérie"...
Que s'est-il passé ? Elle était sortie de la maladie physique de ses dépressions... Avec Lacan, elle a changé sa vision du monde, et c'est ce qu'elle appelle sa " vraie guérison."
A supposer que le terme de guérison soit abusif ( on n'a pas 100% de réussite), ces personnes ont pu changer leur  représentation  d'elles-mêmes, et vivre plus en harmonie avec cette représentation nouvelle.


Il s'agit d'un travail d'élaboration qui se fait lentement. C'est un travail sur soi-même, pendant les séances et en dehors des séances ...
Par ailleurs, un trauma peut entraîner des conséquences graves. Combien de personnes évoquent que depuis tel ou tel fait, " plus rien n'a été comme avant", ou encore "qu'elles ne voient plus la vie de la même façon ?

"La Psychanalyse permet de changer d'opinion sur le monde, sur la vie". Et puis, une théorie peut ne pas être explicative de tout ce qui marche !"
A propos de science " qui s'impose"; on a longtemps cru que le patrimoine génétique n'était apporté que par l'homme, et que la femme n'était que "porteuse"...Et pourtant, ça marche, puisque nous sommes maintenant presque 7 milliards d'humains sur terre !
(…)

« Je pense qu'il y a là une confusion 
entre la parole "affective" et la parole " informative" »

En psychanalyse, "on se donne rendez-vous pour parler de soi comme on ne peut le faire nulle part ailleurs. C'est cette proximité qui donne un poids aux mots... Un poids qu'ils n'ont pas dans la vie quotidienne"
Et puis, tout le monde n'a pas accès à la parole abstraite de la philosophie, ou des mathématiques. De même, d'autres ne sont pas accessibles à la psychanalyse". C'est dans les familles qu'on se dit le moins de choses. La psychanalyse a  apporté à la civilisation occidentale  une prothèse à des défaillances familiales et culturelles."








Pour obtenir l'intégralité du débat : CD de la conférence

16 avr. 2012

ITW Boris Cyrulnik

Petite Enfance


Boris Cyrulnik

Neurologue, Psychiatre, Éthologue et auteur
Responsable d'un groupe de recherche en éthologie clinique à l'hôpital de Toulon 
Directeur d’Enseignement à l'université du Sud-Toulon-Var.